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Je m’appelle Matthieu Desportes, j’ai presque l’âge canonique de 33 ans (c’est-à-dire que je suis encore jeune pour ceux qui ont plus, et que je suis déjà vieux pour ceux qui ont moins), je ne suis pas tout à fait professeur (stagiaire à la rentrée 2004), plus tout à fait étudiant (je n’ai plus de cours à suivre), mais je reste doctorant d’Yvan Leclerc, sous la direction et aux côtés de qui j’achève une thèse sur un obscur texte d’un obscur auteur de la deuxième moitié de l’avant-dernier siècle (Trois Contes de Flaubert, 1821-1880, pour tout dire, trouvant assez amusant et pas du tout sérieux de fournir un commentaire qui dépassera les cinq cents pages sur un texte qui n’en compte même pas cent).

J’ai choisi de retranscrire le passage où il est question de la mort de Monsieur Bovary. Ce n’est absolument pas par goût du macabre, mais parce que Monsieur Bovary (Charles Denis Bartholomée, presque comme Bouvard), meurt à Doudeville. Parfois, je dis que je suis né à Doudeville, ce qui est faux, je suis né à Rouen. Mais c’est à Doudeville que j’ai grandi, que j’ai passé mes week-ends, mes vacances, et que j’ai vécu des choses extraordinaires, forcément extraordinaires, puisque c’était l’enfance. C’est là que ma grand-mère a grandi. C’est là que mes grands-parents se sont rencontrés, se sont mariés, ont vécu ensemble pendant soixante ans. C’est là que ma mère a grandi avant moi. C’est là, et autour de là, que j’aime me promener. C’est dans cette région-là que j’aimais bien me perdre, avant. Aujourd’hui aussi, mais ça n’arrive plus, parce que je connais bien la région, justement. Pour dire la vérité, ça n’est pas forcément très beau. Mais c’est chez moi.

Il n’existe pas de bonne adaptation de Madame Bovary, mais il y en a une que j’aime beaucoup. C’est celle de Vincente Minnelli (1949). À voir en version originale... Il y a une scène où Emma (Jennifer Jones, peut-être aussi belle qu’Emma Bovary) rentre chez elle tout échevelée, tout essoufflée (sans doute un rendez-vous galant...) Elle crie : « Where is Charles ? ». Et la petite bonne, Félicité (c’est Ellen Corby qui joue le rôle) apparaît et dit : « He is in Doudeville ! ». C’est un moment délicieux. Le film a eu du succès, il a dû être projeté dans l’Oregon, vu à la télé dans un trou perdu de l’Arkansas. Minnelli étant plutôt un bon réalisateur, on étudie peut-être Madame Bovary by Vincente Minnelli dans des Universités de cinéma, outre-Atlantique. Il y a peut-être là-bas un professeur devant une classe entière, ou un étudiant devant sa télé, qui appuie sur la touche « pause » du lecteur de film pour étudier cette scène, juste après la réplique de Félicité. « He is in Doudeville ! ». Ils ne le savent pas, mais à ce moment-là ils pensent à un coin que je connais bien.  

 Matthieu Desportes habite à Rouen (Seine-Maritime).
Il a transcrit la séquence 152 : Mort du père Bovary.